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Ne pas parler japonais au Japon : ce qui pose problème, et ce qui n'en pose aucun

En 2019, je suis venu au Japon pour la première fois. Je ne parlais pas japonais. Je ne parlais pas anglais non plus — et je ne le parle toujours pas.

Par Yashin, guide francophone à Tōkyō·28 août 2026·6 min de lecture
Une rizière japonaise dans un petit village, à la tombée du jour

Aujourd’hui je vis ici et j’ai un niveau de japonais suffisant pour discuter avec mes amis japonais, en rencontrer de nouveaux, et tenir une conversation sans difficulté. Mais ce n’était pas le cas lors de mon premier voyage, en 2019, et c’est précisément pour ça que je peux répondre à la question qu’on me pose le plus souvent : est-ce qu’on peut voyager au Japon sans parler la langue ?

Oui. Voici où c’est facile, où ça coince, et ce qui aide vraiment.


01Mon expérience

Ce que j’ai appris en 2019

Ce voyage m’a appris une chose que je n’ai jamais oubliée : quand un Japonais décide de vous aider, il fait l’effort de comprendre. Il ne hausse pas les épaules, il ne s’agace pas. Il cherche, il mime, il sort son téléphone, il demande à un collègue.

J’ai logé chez une grand-mère japonaise, dans un petit village. Nous n’avions aucune langue en commun — pas un mot. Et nous discutions au moins une heure par jour. Avec les mains, avec le visage, avec des dessins, avec des objets qu’on se montrait.

Une heure par jour. Sans langue commune.

La barrière de la langue n’est pas un frein à la communication si vous avez envie de communiquer. Et aujourd’hui, avec les traducteurs et les intelligences artificielles dans la poche, c’est encore plus vrai qu’à l’époque.


02La majorité du temps

Ce qui ne pose aucun problème

Se déplacer. Dans les grandes villes et sur les grandes lignes, tout est doublé en alphabet latin : noms de gares, plans, panneaux de quai. Les stations portent en plus un code lettre-chiffre — G09, JY03 — qui permet de se repérer sans lire un seul caractère japonais. Les distributeurs de billets ont un bouton pour changer de langue, et les cartes rechargeables type Suica suppriment carrément l’étape du guichet.

Personnellement, j’utilise Google Maps au quotidien, y compris pour les trains. Il donne les horaires, les quais, les correspondances.

Retirer de l’argent. Les distributeurs proposent l’anglais, et souvent le français. C’est l’une des rares démarches où vous serez guidé dans votre langue.

Acheter. Les konbini fonctionnent au scan. On prend, on présente, on paie. Le personnel pose deux ou trois questions rituelles auxquelles un hochement de tête suffit.

Manger. Beaucoup de restaurants utilisent des machines à tickets. D’autres exposent des reproductions en plastique des plats en vitrine — il suffit de sortir et de montrer. Ce n’est pas impoli, c’est fait pour ça.

Une machine à tickets de restaurant japonais, écran tactile avec des photos de plats
On choisit sur l’écran, on paie, on tend le ticket. Zéro conversation.
Un izakaya avec ses menus illustrés affichés en devanture

À retenir

Dans une grande ville, vous pouvez manger trois fois par jour pendant deux semaines sans jamais construire une phrase.


03Les cas difficiles

Là où ça se complique

  • En dehors des grandes villes. Petite gare, restaurant de quartier, menu manuscrit au mur, aucune photo, aucun anglais. C’est là que la différence se fait — et c’est précisément là que se trouvent les plus beaux endroits.
  • Le téléphone. Réserver un restaurant, appeler un ryokan, joindre un service d’objets trouvés. Sans les gestes, sans l’écran, sans le contexte visuel, tout s’effondre.
  • Les imprévus. Train supprimé, correspondance annulée, bagage perdu. Les annonces exceptionnelles sont souvent faites en japonais uniquement — et ce sont justement les moments où il faudrait comprendre vite.
  • La santé. Décrire un symptôme, comprendre une posologie, signaler une allergie. C’est le moment où l’à-peu-près devient risqué.
Une rue du quartier de Shibamata à Tōkyō, enseignes manuscrites sans un mot d'anglais

Un mot sur l’anglais, justement. Tout le monde ne le parle pas, loin de là — mais il y a quand même des gens qui se débrouillent. À Tōkyō, dans un taxi ou une pharmacie, ça passe de temps en temps. Ne comptez pas dessus, mais ne partez pas non plus du principe que personne ne comprendra.


04À installer avant

Les outils qui marchent vraiment

L’intelligence artificielle plutôt que le traducteur classique. C’est le conseil que je donne le plus souvent aujourd’hui.

Google Traduction traduit mot à mot, et sur du japonais ça donne régulièrement des résultats trompeurs. Une IA à qui vous prenez le menu en photo, en lui précisant où vous êtes et ce que vous cherchez, fait tout autre chose : elle traduit, mais surtout elle explique.

Un exemple concret

Vous tombez sur « okonomiyaki ». Un traducteur vous rend un mot incompréhensible. Une IA vous répond que c’est une sorte d’omelette épaisse au chou, garnie selon la région. C’est ça, l’information dont vous avez besoin devant un menu.

VoiceTra, pour l’oral. Application gratuite développée par le NICT, l’institut public japonais des télécommunications, disponible en français. Son intérêt : elle retraduit votre phrase vers votre langue pour que vous vérifiiez ce qui a été dit. Sa limite : elle ne gère bien que les phrases courtes.

Un dernier réflexe : faites-vous écrire l’adresse de votre hôtel en japonais, et gardez-la en photo dans votre téléphone. C’est la solution à la moitié des problèmes de taxi.


05À apprendre

Le minimum vital

Vous n’avez pas besoin d’apprendre le japonais. Une poignée de mots suffit, et ils portent bien plus loin qu’on ne l’imagine.

  • こんにちはkonnichiwa

    Bonjour. Le plus simple, et il ouvre toutes les portes.

  • すみませんsumimasen

    Excusez-moi / pardon / s’il vous plaît. Le mot le plus utile de la langue. Il sert à appeler un serveur, à s’excuser, à demander de l’aide.

  • これkore

    Ça, ceci. À dire en pointant du doigt — mais jamais tout seul, ça sonne brusque.

  • お願いしますonegaishimasu

    S’il vous plaît. Le mot qui rend tout poli. これをお願いします (kore o onegaishimasu) : « ceci, s’il vous plaît ».

  • おすすめosusume

    La recommandation. Ce que la maison conseille. Avec la formule de politesse : おすすめをお願いします (osusume o onegaishimasu). C’est le mot qui vous fera manger autre chose que ce que mangent tous les touristes.

  • ありがとうございますarigatō gozaimasu

    Merci, dans sa version polie.

  • わかりませんwakarimasen

    Je ne comprends pas. Dit avec le sourire, il déclenche presque toujours une aide.

  • 道に迷いましたmichi ni mayoimashita

    Je me suis perdu. Celui-là débloque des situations entières.

  • 〜はどこですか~ wa doko desu ka

    Où est ~ ? À compléter : ホテル (hoteru, l’hôtel), トイレ (toire, les toilettes), 駅 (eki, la gare), レストラン (resutoran, le restaurant).

À retenir

Ces quelques mots, plus un téléphone, couvrent l’écrasante majorité des situations d’un voyage.

Ce que j’en retiens

On peut parfaitement voyager au Japon sans parler un mot de japonais. Je l’ai fait, des millions de gens le font chaque année, et les grandes villes sont conçues pour ça.

Ce que la langue vous coûte, ce n’est pas le confort — c’est la profondeur. Ce sont les échanges qu’on ne peut pas avoir, les recommandations qu’un patron de restaurant ne peut pas vous faire, l’histoire du lieu que personne ne vous racontera. Vous verrez le Japon ; vous ne l’entendrez pas.

C’est exactement là que je sers à quelque chose : je peux vous faire interagir avec les Japonais.

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